Pari réussi : l'orgue de l'église St Wandrille sauvé et restauré

Une même passion de sauvegarde du patrimoine a réuni deux amis dans un pari fou – Daniel MERLIN (musique-technique) et René DERUY (technique), aidés par André BEAULIEUX pour sa compétence en menuiserie-ébénisterie: restaurer l’harmonium de l’église Saint-Wandrille d’Outreau.

Il s’agit là d’une démarche à la fois historique et éthique que Daniel Merlin nous explique ci-dessous.

La plaque de porcelaine indique un instrument de haut de gamme de marque Dumont-Lelièvre, Manufacture d’Orgues des Andelys (Haute Normandie) et situe la fabrication entre 1878 et 1879.
ORGUE MEDIOPHONE – Système Harmoniphrasé – SYSTEME STICTOPHONE de L. DUMONT
6 jeux réels dans les basses et 8 jeux dans les dessus dont un rang double pour la harpe éolienne, 2 claviers, 1 pédalier.

Cet instrument fut déplacé de la tribune de l’église pour être exposé au Centre social et culturel Jacques Brel en 1988 pendant une dizaine d’années. Ce meuble imposant de 400 kg, en vieux chêne massif, a trôné à l’entrée de l’accueil avant d’être déplacé dans un garage très (trop) humide jusqu’en 2017.

L’état de conservation de l’instrument avant sa restauration paraissait assez correct de l’extérieur mais nous a réservé beaucoup de mauvaises surprises à l’intérieur :

boîte de registres avec ses 21 tirants couverts de pastilles de porcelaine dont quelques- unes sont cassées – touches claviers bloquées…

ensemble mécanique des notes, sommier des anches décollé provoquant d’importantes fuites entre les différents jeux, anches cassées, table des soupapes de registre, soupapes à étanchéiser et l’importante soufflerie dont le mécanisme des pédales a été entièrement restauré.

L’instrument a dû être complètement vidé de son meuble pour combattre les insectes xylophages qui s’en étaient emparés. Mais la passion l’a emporté et nous avons retroussé nos manches !
La restauration, réalisée sur deux grosses années (compte tenu des aléas de la vie…) a nécessité environ 770 heures de travail sans compter les recherches nécessaires pour rester dans le cadre d’une véritable restauration d’un instrument des années 1870 :

– recherche de documents relatifs à l’instrument (1878) : diocèse d’Arras, paroisse, forum et associations d’harmoniumistes…
– recherche des fournisseurs spécialistes des produits de l’époque…
– recherche de matériaux et produits d’origine afin de respecter l’original et l’histoire de l’instrument.

Pourquoi cette « folie » me direz-vous ?
Eh bien ! Cet instrument a été utilisé par de prestigieux musiciens :

Alexandre GUILMANT (1837-1911) – Il mena une carrière internationale de virtuose et fut en 1894, avec Vincent d’Indy et Charles Bordes, l’un des fondateurs de la Schola Cantorum. Deux ans plus tard, il succéda à Charles-Marie Vidor comme professeur au Conservatoire. Il servit la cause de la musique d’orgue par son talent d’interprète, son enseignement, son œuvre de compositeur et ses éditions dont l’Ecole classique de l’orgue et les 10 volumes des Archives des Maîtres de l’Orgue.

Gabriel FAURE (1845-1924) y a exercé ses talents lors du mariage de Pierre Antonin CLERC (1871-1954) avec Mlle Eve Jacqueline Milthide Susanne ADAM (1877-1957), le 17 juillet 1898.

Joseph BUCCIALI (1859-1943) – Organiste et compositeur de l’époque. Aveugle, il reçut sa formation musicale à l’Institut National des Jeunes Aveugles et fut organiste à l’église St-Nicolas de Boulogne sur Mer puis du grand orgue de la

cathédrale d’Arras en 1899. Il exerça comme Titulaire pendant 40 ans à la cathédrale Notre-Dame de Boulogne. Un jardin public porte son nom à Boulogne-sur Mer

MM. CHIVET et Louis FEUTRY (son petit-fils) qui ont interprété les messes de funérailles des victimes de la seconde guerre mondiale.

M. POULET qui habitait Boulogne-sur-Mer. Il venait exercer son talent et accompagnait chaque dimanche la grande messe sur ce bel et imposant instrument, situé alors à la tribune, dont la soufflerie était prise en charge par Louis Feutry et Louis Chivet, son cousin.

M. Louis FEUTRY (1921-1999), grainetier bien connu de la population outreloise, a continué de jouer sur cet instrument jusqu’à la fin de son utilisation (fin des années 1960 début 1970).

Enfin, ce bel instrument vient de retrouver l’église Saint Wandrille le 5 mars 2020, 400 kg portés à bout de bras par les Services Techniques de la ville.

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